14 Juillet (2ème partie)

Juillet 1994

                    Nous étions un peu ratatiné après ces deux "sessions" d'amour, de l'alcool restait dans nos veines et on piqua un roupillon.
Nus, l'un contre l'autre, on s'était enlacé après nos jouissances et il se passe deux heures avant de nous réveiller.
Ce fut à cause des pétards que des gamins s'amusèrent à faire éclater à ce moment-là près de nos fenêtres sur la cour.

– "Ils sont vraiment trop nuls ces trou-du-cul, dit Michel en s'étirant."

Il ne pensait pas que l'an dernier, il était peut-être dans cette même bande de gamins à peine sorti de leurs fraîches jeunesses.
On se contemplait alors d'un drôle d'air, c'était "notre" première fois à chacun de nous.
Nous le savions car copains comme nous étions, nous ne nous cachions rien et nous connaissions la vie sexuelle de l'autre.
C'est Michel qui eu le courage de prononcer les premiers mots.
Ceux-ci me sont restés chers et, aujourd'hui, malgré notre séparation je les tiens comme définitifs.

– "J'ai super-apprécié... Tu sais Sandro... Je crois que je suis amoureux de toi."

Je pris un coup derrière les oreilles, un de ces coups qui laissent à demi-assommé physiquement mais qui laisse l'esprit encore plus clair et affûté qu'à l'ordinaire.
En quelques secondes, connaissant parfaitement mes orientations gay depuis longtemps, je compris définitivement quel serait mon avenir.
Je répondis une connerie naturellement, car mon sens de la répartie, déjà d'un niveau minimum en temps ordinaire ne pouvait pas s'élever un jour comme celui-là.

– "Tu crois... Ben ça alors... Qu'est-ce qu'on va faire?"
Vraiment une réponse d’abruti.

– "Mon petit Sandro, ça veux dire que je te veux pour moi tout seul... Pour longtemps... Et qu'on va passer notre temps à baiser jusqu'à demain matin... Et que demain on recommencera... Et après... Et toujours... T'as compris p'tite tête?"

J'étais vite dépassée par les événements mais je me repris, et n'osant plus parler (si c'est pour dire des imbécillités)
je pris son visage et je commençais alors à le regarder : Dieu que je le trouvais beau...
Maintenant qu'il était tout à moi... Ses yeux d'un bleu qui semblaient rire et qui pétillaient en me regardant...
Son nez, petit et bronzé... Ses lèvres fines et légèrement sèches ne cachaient rien de l'émail brillant de ses dents.
Je trouvais son corps parfait, celui d'un nageur, pas de pilosité autre que sur le sexe et niché sous les bras, là où la peau reste toujours plus blanche et où les odeurs corporelles surviennent le plus rapidement même après une douche minutieuse quand le corps a été exposé à une forte chaleur.
C'est là que j'aime y mettre les narines, là où je reconnais le mâle, à son musc particulier, fort, piquant, qui dit à mon cerveau le plus primaire: "ce corps est le corps d'un homme, un vrai, avec ses hormones" et je sais alors que c'est ce corps-là que je désire et c'est ce corps-là que je vais prendre.
On devient vraiment con quand on tombe amoureux...
Nos désirs s'émoustillèrent et Michel m'avoua qu'il avait une forte envie de me baiser.

Juillet 1999

                    Après le petit-déjeuner, je m’habillais comme la veille et j'entrepris de traîner dans le village, certains me saluaient, d'autres m'ignoraient.
Dans l'ensemble, je savais que chacun d'entre eux avait deviné l'objet de ma présence et cela les rendait distant, je pressentais leurs pensées :
"Qu'est-ce qu'il vient nous emmerder aujourd'hui avec une aussi vieille histoire, après tout ce qui s'est passé ne me regarde pas."
Bien que "ce qui s'était passé" avait alimenté les conversation, je le savais, du village pendant de long mois bien que nous soyons partis Michel et moi.
Je croisais quelques jeunes dont quelques-uns me serrèrent ostensiblement la main l'air de dire :
"Tu sais Sandro, je suis avec toi."
Cela me réconfortait, les plus jeunes n'étaient donc pas aussi bornés que leurs parents avec les gays.
Michel avait établi le plan: le soir, après la fermeture du bistrot, au moment où Marcel regagnait sa chambre après avoir fait sa caisse, quand il gagnerait sa chambre, dans la cour intérieure, nous allions l'enlever, et avec l'Estafette et le mener dans un bois voisin pour l'exécuter.
Le PA de mon père était toujours là, avec son chargeur, c'était la première chose que j'avais vérifié en arrivant.

* * *

                    Onze heures arrivèrent rapidement, j'allais alors sur la place et le bus ne tarda pas, s'arrêtant devant le bistrot, le chauffeur posa quelques colis et le maigre lot de voyageurs descendit, quelques branleurs d'une douzaine d'années, une toute vieille chancelante qu'aidait une main secourable.
La main retint la femme jusqu'à ce qu'elle soit solidement à terre et le corps auquel appartenait cette main apparu sur les marches du car.
Michel était là, étincelant... Changé le frêle ado que j'avais quitté! Il vint vers moi, et nous nous sommes enlacés, là, devant tous, nos bras nous serrés et un regard un peu voyeur aurait pu distinguer quelques larmes que nos yeux ne pouvaient retenir.
En cet instant, dans nos esprit, revenait alors toute l'humiliation ressentie, et la rancœur accumulée ravivait celle-ci de manière tellement vive qu'on aurait pu croire qu'elle venait de survenir dans les précédentes minutes.

Nous avons regagné ma maison familiale et, discutant de ces années passées ainsi que de notre vengeance qui devait s'accomplir.
Petit à petit, insidieusement, Michel s'est rapproché de moi :

– "Te souviens-tu Sandro, des trop brèves heures vécues, te souviens-tu comme j'étais amoureux de toi."

Il parlait alors de cela comme d'une chose passée, comme d'un moment de notre histoire qu'on pouvait se souvenir, comme du plaisir qui avait existé et qui était fini, mais jamais, dans sa conversation, il ne me donnait à penser que ces choses avaient la moindre chance de reprendre.
Quand la nostalgie prend le dessus d'un événement, c'est que cet événement est regardé comme un moment ou comme une chose définitivement terminée et, malgré la bonne volonté on ne rebâti jamais à l’identique ce que le temps a démoli.
Michel était nostalgique du passé tandis que moi je le vivais encore au présent et j'étais toujours amoureux.
Michel avait tourné la page et moi j'en étais encore le lecteur.

– "Michel je t’aime encore, je te promets, chaque jour depuis cinq ans je songe à ce moment où nous serons réunis."
– "Mais c'est fini Sandro, fini l'amour, fini la passion, fini la découverte, fini, bientôt, la petite saloperie de vie de Marcel."
Il s'est approché et m'a dit :
– "On peut quand même baiser si tu en as envie, j'ai les couilles pleines."
J'ai été obligé de lui avouer que j'étais devenu impuissant.
– "Cela ne fait rien, je vais te prendre."

Pas d'autre commentaire, pas de question sur le fait que j'étais devenu ce que j'étais, c'était la confirmation de la fin de sa passion.
Alors on a baisé comme il a dit.

Nous nous sommes dénudés, nous nous sommes embrassés, et, debout, puis couché, j'ai senti de mes mains ce qu'était une vraie, une saine, une formidable érection.
Et, lui, n'a vu, n'a touché qu'un sexe sans vie.
Michel m'a baisé comme un vieil amant qui connaît les petites choses qui font plaisir à son partenaire, sa queue était douce à mon cul et m'a conduit à une extase appréciable.
Il m'a enculé en me regardant, me mordillant la peau du cou, me glissant sa langue dans la bouche, il a joui en moi sans demander si je l’acceptais, comme si cela allait de soi en vieux compagnons, et je n'ai pas osé lui dire qu’on devrait faire attention.
Puis, j'ai lâché mon sperme qui s'est répandu dans mes poils comme un trop-plein qui coule, sans force.
Ce fut agréable, mais m’a manqué le regard tendre de mon partenaire et, juste après le moment suprême, le sentiment de n'avoir existé l'un pour l'autre que pendant un court moment d'extase.

Juillet 1994

                    Nous n'étions pas rassasiés bien qu'ayant déjà joui deux fois.
Géniale adolescence où les envies ne quittent jamais l'esprit et moments où les corps ne nous trahissent jamais...
Nous étions donc prêt à poursuivre notre quête amoureuse, celle-ci nous avait fait découvrir le plaisir d'une séance de suce partagée où nous avions terminé l'apothéose bandaison par la dégustation mutuelle de nos liqueurs de fruits acides.
Puis, entraîné par un fougueux Michel, je m'étais dépucelé la queue en même temps que son cul avait, lui, subi sa première intrusion.
J'avais joui de ses frottements contre la peau sensible de mon membre et je l'avais vu prendre un gigantesque plaisir qui lui avait été tiré de son intérieur déchiré et bien que je l'aie désiré au tout début de cette séance jouissive, mon trou, lui, restait affamé.

– "Baise-moi Michel, j'ai une pressante envie."
– "Tourne-toi sur le dos Sandro, je vais te pénétrer et te faire voir ce que c'est que se faire baiser."

Lui, le quasi-puceau, commençait déjà à frimer et à faire son malin alors que nous étions encore des bambins du sexe il y avait encore quelques heures. Il me prit alors "en main"...

– "Laisse-toi faire et profite de moi sans te soucier de faire quoi que ce soit."

Je m'abandonnais à lui.
Il s'agenouilla devant mon sexe et me releva les jambes, sa bouche entreprit alors de me lécher le gland qui devenait dur et me causait presque de la douleur tant il avait été sollicité auparavant.
Il mouilla les couilles et les poils puis descendit, suivant le liséré des bourses vers la raie qu'il ouvrait en me tendant les jambes.
Lorsque sa pointe de langue commença à chatouiller la dentelle de ma rondelle puis, se faisant précise, écarta facilement l’entour de mon anus, je commençais à vibrer tant l'excitation commençait à prendre possession de mon être.
C'était le moment annonciateur du plaisir divin que je devinais et qui tardait maintenant à m'exploser la tête.
Michel humecta le trou de sa salive émolliente, se releva et pointa son gland sur mon trou relevé, sans viser il s'enfonça, doucement, trop doucement à mon goût qui releva le bassin afin de m'emmancher à une queue que je désirais aspirer.
Je ressentais bien alors quelques douleurs au passage du membre fort volumineux de Michel, mais les espoirs de plaisir me contraignaient à gommer cette douleur qui, je le savais, serait mille fois payée en retour par ce que je ressentirais.

Quand il m'eut pénétré, lorsque que je le sentis bien à fond et que ses couilles furent écrasées tout contre mes fesses, il commença alors le divin ramonage, les parois de mon trou ressentaient bien ce va-et-vient et c'était terriblement excitant, j'apprenais à jouir du cul. Michel gouttait de sueur au-dessus de moi et redoublait d'ardeur s'enfonçant et se retirant, il s'excitait et je voyais bien qu'il allait éclater dans mon intérieur.
Je commençais à deviner que moi aussi, bientôt, j'allais gicler sur mon ventre, quelques spasmes, puis le sperme se répandait, pas la grosse quantité, non, c'était quand même la troisième fois de la soirée, mais ce fut accompagné d'une super-jouissance qui me fit pousser une bramée digne d'un jeune cerf dans la nuit.
Michel fut plus discret, et juste après moi, je sentis ses dégorgements venir remplir mon anus.

Nous restâmes collés, là, épuisé, quand la porte s'ouvrit brusquement sous la poussée d'une épaule, Marcel surgit, portant deux caisses de canettes de bière vide, et, hurla :
– "Qui c'est qu'a crié ici..."
Puis, observant la scène en clignant des yeux :
– "Ah! les pédés... Ordures de pédés... Je t'en foutrais, moi, des enculades..."

Il lâcha ses bouteilles d'un coup et se précipita sur nous, nous empoignant chacun par un bras, et, nous traîna dans le couloir, puis dans le bar en vociférant :
– "J'les ai vu les pédés... Regardez... Ils s'enculaient... Les malades... Les vicieux..."

L'effet de surprise nous figeait, nous fûmes jeté sur la terrasse, bondée de consommateurs, et devant des dizaines et des dizaines de spectateurs et de danseurs qui regardaient en se tournant vers nous.
L'orchestre s'arrêta de jouer et, fendant la foule médusée, toujours sous les invectives de Marcel déchaîné :
– "Les ordures... Salauds... Pédales... Ordures..."
Nous nous refugiâmes dans les ruelles noires où notre nudité éclatait toujours grâce à un clair de lune triomphant.
Un copain vint à notre recherche un peu plus tard, porteur de vêtements qui préservèrent alors le peu de dignité nécessaire pour rentrer chez nous.
On ne parla que de cet incident dans les jours qui suivirent.
Une très petite minorité du village prit notre défense... S'ensuivit alors notre départ, moi chez mon père et Michel en internat.

Juillet 1999

                    La journée s'est déroulée assez rapidement, nous avons discuté de l'opération du soir :

– "Tu vois, Sandro, il faut attendre Marcel chez lui, dans sa chambre, et de là, on le braque et on le traîne dans l'Estafette.
Et... après!

Dans la soirée on s'est donc glissé dans la chambre du condamné à mort, ses clefs étaient toujours crochées à un clou, au fond d'un couloir.
Nous nous sommes introduits et grâce à la lueur d'une fin de jour d'été, nous avons fûreté, quelques revues féminines ou à scandale, s'étalaient au pied du lit et, devant celui-ci, un magnifique téléviseur 16/9 flambant neuf, accompagné de son magnétoscope, un bijou...
Michel n'a pu s'empêcher de zapper le boîtier de télécommande, vaste comme un tableau de bord d'avion, en prenant le soin de baisser le son, et de passer en revue la longue liste des chaînes disponibles : Marcel ne s'emmerdait pas trop, c'était tous les bouquets comme on les nomme, il y avait au moins une centaine de programmes.

A un moment il a déclenché la cassette encore enfournée dans le magnétoscope,
et là, oh! surprise... une orgie de corps nus...
Sur le moment on a pensé que c'était du hard hétéro, puis, très vite, on s'est aperçu que nous visionnions un film gay...
Le gros Marcel devait se branler devant ce spectacle...
Cela nous laissait pantois, connaissant la réaction de celui-ci quand il nous avait surpris.
Nous avons alors fouillé la chambre et nous sommes allés de découverte en découverte :
un lot de cassettes gay hard d'un éclectisme sidérant, bondage, bisexuel, transsexuel, black, asiatique, toute la panoplie, puis des godes de toutes tailles et de formes différentes dans leurs boîtes d'origine avec le nom de l'acteur dont la queue a été moulée, et des revues d'images hard de tous les pays européenns :

– "Regarde Sandro, il y en a même en russe, peut-être bien que le Marcel avait envie d'apprendre la langue..."

Un pédé refoulé... Marcel était gay... Quelle découverte...
Et c'est à ce moment que Michel eût l'idée d'une vengeance moins définitive mais beaucoup plus méchante.

– "Tout compte fait, on ne va pas tuer le gros Marcel, t'y pensais vraiment pas sérieusement, hein... Sandro...?"
– "Ben, si... Regarde, j'ai même le pistolet de papa... J'ai acheté des balles..."

Et je sortis alors le PA de ma poche et lui montrait.
Là encore mon manque d'habilité joua contre moi, le chargeur, mal enclenché, tomba sur le plancher et les balles s'éjectèrent dans la pièce, allant même jusqu'à rouler sous le lit.

– "Merde, fait gaffe Sandro."
Michel se précipita pour récupérer le matériel qui s'était répandu.
– "Regarde ducon... C'est même pas le bon calibre... Ton pétard c'est du 9 mm et les cartouches c'est du 22, ça tient pas dans le chargeur... T'es vraiment resté un nul en mécanique...
Puis riant : Tu te souviens quand on était petit et que tu venais me voir pour réparer ton VTT ?"
Le rappel nostalgique me serra la gorge, mais j'ai réussi à ne pas chialer et j'ai vite ajouté :
– "Alors on fait quoi Michel?"
– "On attend qu'il fasse nuit et que les gens se mettent à traîner sur la place, il fait tellement chaud que beaucoup vont sortir faire un tour et venir boire un coup chez le Marcel... T'inquiète... J'ai mon idée..."

Quand le soleil disparut, le jour s'accrocha encore de longues minutes à l'horizon comme si quelques regrets le retenaient encore, mais bientôt ce fut la fin de la clarté et quelques étoiles apparurent, d'abord Vénus, puis une multitude de points lumineux qui rendaient la nuit d'une beauté peu commune. Michel dit :
– "Allez, Sandro, aide-moi."

Et il commença à déplacer le téléviseur devant la fenêtre dont on a ouvert les battants.
L'écran fut posé sur le rebord et on cala l'arrière avec une chaise: il était presque aussi large que l'ouverture !
On a mit sur le lit tous les "jouets" de Marcel ainsi que ses cassettes parmi lesquelles on a choisit une "supergay-hard" comme c'était indiqué sur la pochette, glissé dans le lecteur... Et "Start"...
On est sorti très vite en fermant à double tours la porte de la chambre, trouvant même le temps de verrouiller une serrure de sécurité qui était posée et dont on voyait bien qu'elle n'avait jamais servi.
Postés dehors, dans une ruelle sombre on a attendu.
Au premier étage de la maison, juste au-dessus de la terrasse, l'écran pétillait de couleurs, c'était vraiment de la qualité, Marcel ne s'était pas fait avoir.
Le film commençait à se dérouler et quelques personnes commençaient à regarder, attirées comme des papillons par la lumière.
On est rentré à ce moment-là, laissant le destin décider si notre vengeance allait se réaliser ou si elle devait foirer.

* * *

                    Le lendemain, nous pouvions savourer une victoire sur l'ennemi.
Le village avait assisté au film de la chambre de Marcel.
Pendant près d'une demi-heure les habitants se familiarisèrent avec les distractions du patron de bistrot.
Les gendarmes qui traînaient par là avaient naturellement assisté à la scène et poussant Marcel devant la porte de sa chambre ils l'avaient forçé à ouvrir, ce qui avait été long car ils ne retrouvaient plus les clefs.
Quand la chambre fut visitée, ils trouvèrent l'amoncellement de cassettes et de revues.
Nous étions en pleine période de procès de pédophile et tout fut emporté pour contrôle.
Marcel était un gros pédé mais il ne possédait pas de photos ou de cassettes interdites, mais il passa en procès pour exhibition publique de film interdit au moins de 18 ans.
Il ne put jamais prouver que ce n'était pas lui qui avait préparé la mise en scène (quelques-uns du village devinèrent notre responsabilité, mais chacun garda sa découverte secrète).
Il écopa d'une amende et de 15 jours de prison avec sursis.
Plus personne du village ne lui parlait, on le catalogua comme malade sexuel dangereux pour les jeunes et les gamins ne passaient plus devant le café.
Il vendit alors son bistrot et s'installa dans une ferme rénovée, à l'écart du bourg, où une dizaine d'antennes paraboliques couvrent son jardin. Il occupe son temps à baver devant le petit écran...

* * *

                    Passé ces jours, les moissons prirent fin.
La brise du nord-est, porteuse du soleil, commençait à disparaître.
Elle allait être remplacés par un calme trompeur, chaud d’humidité favorisant les premiers éclairs d’orage et, lorsque le souffle d’ouest surgirait, on n’entendrait plus le doux bruissement des épis s’entrechoquer, nous faisant alors entendre un bruit pareil à des millions de criquets et le vent ne nous apporterait plus l’odeur des épis craquant de soleil.
Dans les semaines qui suivraient, viendrait pour les paysans l’heure des premiers déchaumages, signe annonciateur de l’été finissant.

* * *

                    Le surlendemain j'ai repris la route en stop, à quelques kilomètres de là, sur la route de Tours, une voiture s'est arrêtée, j'ai eu la surprise de découvrir que j'avais déjà aperçu le chauffeur : le jeune facteur.
Il allait aux environs de Cloye pour quelques jours de congés.
Christian était tel que je l'avais imaginé, tel que je l'espérais. Je suis resté une semaine avec lui avant de reprendre ma route.
Ces jours compteront dans mon existence, c'est une certitude, j'y ai retrouvé le goût de vivre et ai trouvé la force d'effacer de mes souvenirs tous les jours mauvais auxquels j'avais survécu.
C'était un garçon d'une beauté à couper le souffle, à la peau de fille et au corps merveilleusement proportionné, nous allions nager dans le Loir dans ses portions aménagées en baignade, vêtu d'un slip de bains il m'époustouflait quand je le voyais marcher vers les rives de la rivière.
Comment être si parfait?
Comment chaque pli de sa peau pouvait tomber justement là où il le fallait pour que, par exemple, la découpure de ses fesses se dessine finement à travers le tissu et qu'on devine dessous ses deux galbes musclés que je m'appliquais à pétrir, le soir, de mes deux mains, alors que nus nous nous palpions mutuellement et que nous nous excitions de la caresse d'une bouche papillonnant des couilles au nœud gonflé ou d'un pouce brisant la faible résistance de l'entrée des délices.

De retour chez moi, j'ai retrouvé un appétit de vivre et un inassouvissable besoin d'aimer, au petit matin mon réveil m'a découvert trempé dans le liquide de mes rêves et une dureté de pierre a accompagné ce moment-là.
Quelques jours après, au téléphone, Christian m’annonce, la voix désolée :
– "Je sais pas trop ce que j'ai, depuis que t'es parti... j'ai plus le goût à rien et j'arrive plus à bander..."

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